Les pépites et apprentissages de cette transposition

Quelles leçons de cette première tentative d’enseignement 100% à distance ?

Ma première expérience d’enseignement à distance se poursuit : la transmission se poursuit au travers de deux demi-journées complémentaires. Ça zoome avec fluidité, ça google slide avec efficacité, ça klaxoone avec curiosité.

Et j’en profite pour questionner, soulever, revisiter certains galets de ma pratique au croisement entre enseignement et facilitation. Chercher où se nichent les noisettes-pépites au milieu des pièces éparses du puzzle.

By Chloé Renault

L’attention cela se mérite

Qui es-tu pour prétendre à mon attention ? Au nom de quoi vais-je me brancher sur ta fréquence, sincèrement et honnêtement, sans multi-tasker sur 3 fenêtres différentes? Le travail à distance ravive cette question — que les ordinateurs en salle de classe en présentiel rendaient déjà piquante. Cette attention, c’est la matière première de tout apprentissage ou transformation. L’ingrédient mystère ultime. Et il n’est jamais donné, il se conquiert ou se mérite. En classe comme derrière un écran. Rien ne change mais la nécessité est sans doute plus impérieuse dans ces modalités distancielles.

De l’apprentissage comme du porte-manteau

Apprendre, ce n’est pas accumuler un maximum d’informations et de savoirs sur les étagères de sa bibliothèque. C’est relier des concepts nouveaux à ce que l’on sait déjà et devenir, ainsi, capable d’activer ce savoir. J’accroche ce nouveau concept à mon porte-manteau existant pour pouvoir mieux l’attraper quand j’aurai besoin de m’en servir.

La qualité de l’appropriation vient alors autant de la qualité de l’explication du nouveau concept que de la capacité à le relier à ce qui était déjà là. Je ne suis jamais une aussi bonne “passeuse” que quand je prends le temps de détourer, d’activer le porte-manteau de l’étudiant — sans jugement. Simplement pour appréhender son expérience, ses savoirs existants, ses curiosités ou questions en suspens. Savoir d’où nous partons. Alors seulement il est possible d’accrocher de nouvelles choses.

“Le moins tu enseignes, le plus ils apprennent”

Phrase paradoxale qui me tient à cœur et qui souligne combien l’enseignement descendant peut se faire au détriment de l’apprentissage des étudiants. Je crois faire le boulot. J’enseigne. Je transmets. Chouette mais quid de la réception? La vérité est avant tout dans le regard du destinataire, dans son appropriation, dans la manière dont il métabolise. Et cette appropriation nécessite des temps d’interactivité, de quizzs, de jeux de rôle, de présentations croisées. Autant de leviers pour jouer avec le nouveau concept… et expérimenter le douloureux décalage entre ce que je pense avoir compris quand j’écoute et ce que j’ai vraiment compris quand je le raconte. C’est encore plus vrai en distanciel où l’immobilité des corps nécessite une activation supplémentaire des esprits.

Et la beauté d’un apport, alors ?

Je suis tombée amoureuse de ce métier devant certains profs et leur capacité unique à mettre en perspective et à transmettre avec clarté et enthousiasme. La pédagogie 100% inversée m’attriste en ce qu’elle me prive de ces moments inspirants. En tant que prof, comment imaginer des temps d’apports brefs, riches, inspirants ? Une question au cœur de ma pratique renforcée par le format distanciel. J’essaie de travailler davantage de belles histoires et des visuels puissants à substituer à ma chorégraphie gestuelle et mon énergie.

Le deuil de contenu

Enseigner, c’est lutter en permanence contre la malédiction de la connaissance, ce drame par lequel, une fois que l’on sait quelque chose, on oublie à quoi cela ressemble de ne pas le savoir. On a du mal à imaginer des portes-manteaux différents du sien. On court le risque de n’écouter que son plaisir de renforcer, d’affiner, de sophistiquer sans fin son propre savoir. Quand ce n’est pas l’objet. Là encore, c’est quand après avoir embrassé le contenu, je m’en libère.

Tirer des bords

Je me rappelle ma prof de tennis, qui me voyais zigzaguer sur le terrain pour (tenter de) rattraper une balle, m’expliquait, perplexe, que le plus court chemin entre la balle et moi était la ligne droite. J’aimerais être cette personne qui simplifie, qui trace, qui trace des lignes droites, concises, nettes comme des traces exemplaires de skieurs pros. Force est de constater que je suis plutôt du genre voileuse chaotique : je tire des bords, j’explore, je crame du temps à douter, à me demander, à regarder, à me soucier, je déploie une énergie de prise de tête certaine… bref j’avance et j’y vais mais plutôt façon voilier qui tourne et détourne.

Et mes navigations ne sont pas toutes dignes de la Route du Rhum. Parfois c’est plutôt style navigation au bassin des Tuileries. J’essaie d’accepter ce style et de ne pas trop me juger… on fait avec ce que l’on est ! C’était un plaisir que de profiter cette navigation là pour questionner mes gestes et intentions pros.

J’espère que cela pourra en inspirer et motiver d’autres dans leurs transpositions et apprentissages ! Bonne route !

Pour rappel, je partageais mes doutes et questions initiales ici et le déroulé de la première journée ici.

Traces d’apprentissages en période Covid Round 1, Mai 2020

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Un brin d'écriture pour ralentir, explorer et questionner mes apprentissages et pratiques professionnelles. Par touches, essais, et expérimentations !

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Chloe Renault

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