Highway to Health, un moment précieux dans mon année

Mise en perspective autour de ce rendez-vous annuel, qui revient depuis 5 ans dans ma vie, avec une flamme toujours vive quoique changeante…

Highway to Health, qu’est-ce que c’est ?

Ce qui fait la richesse de ce week-end? La gentillesse et la vitalité communiqués par les bénévoles, la variété des activités proposées et des rencontres inoubliables ! C’est un week-end hors du temps pour remplir le réservoir de courage, de ressources et de bonne humeur.

Comment cela a commencé ?

“On partage des émotions et des vécus… et parfois c’est lourd et parfois cela fait du bien quand même”, Participante au week-end

Il me semblait essentiel d’accueillir cet éléphant dans la pièce et de favoriser des conversations entre les jeunes sur “ces vrais sujets”.

Pour y parvenir nous avons imaginé un dispositif, inspiré du World Café pour partager les vécus, identifier les aspects communs pesants de notre nouvelle vie et, ensemble, chercher et croiser nos ressources, trucs et astuces.

2017, Mindmap Highway to Health
Highway to Health 2017, Ce qui nous pèse, Mindmap par Chloé Renault
Highway to Health, 2018 — Nos ressources, productions des jeunes

Qu’est-ce qui me touche encore au fur et à mesure des années ?

Toujours cette conviction intacte: il est essentiel de créer des espaces pour se parle et se raconter au bord du gouffre. C’est dans ce contexte que mon métier d’intelligence collective prend véritablement tout son sens. Je suis fière de rendre possible ces conversations là où cela gratte, à hauteur de cancer, et ainsi permettre ainsi à ces jeunes de se découvrir et d’activer des conversations sincères.

Je crois toujours férocement à l’importance de se partager nos expériences pour se découvrir uniques mais pas seuls ; particuliers mais embarqués dans une même aventure commune. Réaliser que nous avons tant à partager, à croiser, à tisser. J’ai écris Le Nénuphar pour cette raison, et c’est encore une flamme qui m’anime et que j’honore.

J’ai une joie profonde à faire vivre ce NOUS implicite, cette communauté latente des jeunes qui s’efforcent d’être vivants sur terre alors qu’un cancer s’est incrusté dans leur vie… J’aimerais sincèrement ne pas avoir à proposer cet espace. J’aimerais leur faire l’économie des conversations pas faciles qu’ils ont. J’aimerais leur permettre de ne pas vivre la violence de ce qu’ils traversent. Et je ne peux pas. Je peux juste penser des process et des espaces qui fassent que ces partages soient aussi fertiles que possible.

Qu’est-ce qui a changé cette année ?

Un moment pour faire connaissance, se découvrir dans la singularité de nos vécus, parler de nos expériences et surtout surtout trouver ensemble des ressources, trucs, astuces, graines d’espoir pour remplir le réservoir et se donner du courage ! Concrètement, nous aurons plusieurs moments de conversations en petits groupes pour faire émerger notre intelligence collective et nous donner espoir !

3 tours de conversations pour visiter 3 défis: Comment accepter mon corps et la version post-cancer de moi-même (effets secondaires, cicatrices émotionnelles et physiques) ? Comment inventer la suite (et les amours et les projets pros..) ? Comment gérer l’entourage (et la famille et les amis?)

La priorité est donnée par ces conversations à la recherche de ressources, trucs et astuces. Avec une facilitatrice pour trois tables, nous étions à même de nous promener et soutenir ces travaux… et pourtant, force est de constater le besoin d’accueillir les histoires, des histoires épaisses, douloureuses, des histoires qui toutes demandent à être soignées…

Une saveur aigre-douce de cet espace de conversations. Et je mesure que mon identité professionnelle évolue…

Faciliter, c’est créer le cadre pour que des conversations importantes se tiennent et accepter de ne pas en faire partie. Or, aujourd’hui, je mesure combien j’ai envie de participer à la conversation (et non plus de la faciliter) . Faire entendre ma voix, sur un sujet où je crois cette voix nourrissante.

Il fut un temps où vivre avec eux l’expérience de notre communion de parcours était en soi signifiant et bénéfique de mon point de vue. Mais cela change. Je mesure combien j’aspire à être plus influente et à mieux soigner leurs histoires.

Je mesure aussi combien, “je ne suis plus eux”. Je me sens loin. Si loin. Délicieusement éloignée. En bonne santé. A la fin du week-end, je retrouve ma vie et elle ne se joue pas au bord du gouffre. Et j’en suis éperdument reconnaissante. Je m’éloigne.

Et je les regarde sans me sentir menacée et sans devoir revivre le grand manège de mon humble et douloureux parcours de vie. Je les regarde de loin. Comme quelqu’un qui observe mais ne le vis pas (ou plus). Je les regarde et je choisis d’être (vraiment) convaincue des incroyables ressources qu’ils ont, qui les habitent et qui peuvent leur permettre d’écrire la suite de leurs histoires. Les regarder avec cet œil d’Amour qui nourrit.

Je les regarde de loin ? Pas sûre. Dans ma prise de parole d’introduction, j’avais des trémolos dans la voix — et ce en dépit d’un épais surmoi professionnel quand je facilite. Émue à l’os.

“Je suis là aujourd’hui, parce qu’il y a 20 ans j’étais là où vous êtes.”

Émue de les voir si jeunes et fragiles. Émue de me rappeler la longueur et l’apprêté du chemin. Émue d’écouter la violence de ce qu’ils vivent. Émue des ressources que cela prend de tracer le fil de sa vie après ça. Émue de la violence foutraque de cette expérience existentielle. Émue et soulagée d’être là où je suis, si loin de là où ils sont. Et si près.

Mais touchée au cœur de savoir qu’ils sont les miens.

A quoi je dis oui quand je reste là

Un espace où des êtres humains, chahutés et malmenés, s’efforcent de rester debout et de tenir le fil de leurs histoires. Que cela se joue à hauteur de micro ressources et de talents incroyables, de dossiers familiaux et de vaillances individuelles.

Et je choisis de passer au bord du gouffre pour soutenir les vaillants qui s’efforcent.

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Un brin d'écriture pour ralentir, explorer et questionner mes apprentissages et pratiques professionnelles. Par touches, essais, et expérimentations !

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Chloe Renault

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