Expérimentation d’enseignement intéressante mais non concluante

Ce mois de Mars 2022, j’ai conçu et animé mon cours à destination des étudiants de la majeur Marketing HEC comme une expérimentation. C’était la 4ème édition d’un cours que je tiens chaque année sur le Marketing et l’Innovation en B2B… un cours que j’ajuste, itère et adapte d’année en année pour tester, apprendre et partager autour de ces sujets qui me passionnent.

Or, l’édition de cette année, positionnée autour du thème de l’Innovation en Écosystèmes, a été particulièrement fade… et m’interroge sur mon envie à poursuivre et renouveler l’expérience.

Ce que j’ai cherché à faire

Inviter une dizaine d’étudiants internationaux volontaires (c’est un électif) à réfléchir avec moi, le temps d’un cours de 18h aux conditions de réussites de l’innovation en écosystème. Un sujet qui me passionne et que je malaxe depuis de nombreuses années…

Proposer une “expérience” hybride apprenante et engageante d’un mois— autour d’une quête commune avec des hypothèses à tester, des concepts à maitriser et des rencontres avec des acteurs professionnels…

A quoi cela a ressemblé pratiquement

  • 7 Février — Visio pour faire connaissance avec les étudiants et découvrir leurs motivations, présenter les objectifs du cours, expliciter ce qui caractérise le B2B (vs B2C) et pourquoi les entreprises doivent se réinventer. Regard macro et stratégique.
  • 8 Mars — Demi-journée d’enseignement en présentiel où je présente plus en détails, l’innovation en écosystèmes et les 8 hypothèses clés autour desquelles je les invite à réfléchir. Pour se faire, ils ont mission de trouver un professionnel intervenant dans un contexte proche et de l’interviewer. Ces interviews seront un des rendus sur lesquels ils seront évalués.
  • 8 Mars — Visio avec un temps d’enseignement sur ce que cela implique de travailler avec des organisations (et non des individus #b2b) et témoignage d’une professionnelle en poste sur la création de supply chain de fournisseurs et les enjeux humains pour coordonner ces différents acteurs — la version non révolutionnaire de l’innovation en écosystème…
  • 15 Mars — Visio avec un temps d’enseignement sur les pratiques des organisations centrées client et en quoi cela permet de favoriser la collaboration inter-organisationnelles… puis témoignage de deux professionnelles sur un dispositif d’accélération et d’incubations de nouveaux modèles en circuits courts qui cherchaient à favoriser la collaboration entre des acteurs de différentes natures !
  • 21 Mars — Visio avec un temps d’enseignement sur l’innovation de business models, une mise en pratique et ensuite un jeu de rôle sur la question du partage de la valeur — le tout à partir de mon étude de cas chouchou de Michelin Fleet Solutions
  • 25 Mars — Journée en présentiel avec un complément sur le partage de la valeur quand les acteurs ont des intérêts contradictoires, conversations sur les conditions pour créer l’intelligence collective . Déjeuner. Enfin, partage et fertilisation croisées entre étudiants à partir des lectures inspirantes que leur ai demandé de nous présenter. La version idéale (rapidement abandonnée) cherchaient à croiser les apprentissages de leurs interviews (désespérément pauvres) aux hypothèses à questionner… mais j’ai préféré nous épargner ce moment.

L’impression d’ensemble… … est plutôt décevante.

Décevante de mon point de vue car…

  • ma quête n’est décidément pas leur quête,
  • la maturité et les centres d’intérêts de ces étudiants là n’a vraiment pas favorisé une dynamique collégiale apprenante — en particulier dans des configurations où le distanciel est consommé comme du Netflix
  • mes discussions avec eux ne m’ont rien appris, n’ont rien changé en moi… laissant mon envie de rencontre et de décentrage profondément à sec !
  • De leur point de vue, suite à la lectures de leurs évaluations, l’expérience a été qualitative (sans être renversante) et leur a permis de découvrir un certains nombres d’éléments — tant de possibles métiers, de réflexes professionnels, d’exemples inspirants…

Ma frustration est non pas celle de l’enseignante — je crois avoir fait correctement le job — mais bien celle de l’apprenante ou de la designeuse d’expérience apprenante riche…

Ce qu’il m’importe de considérer pour une prochaine fois

  • Apprécier (ou pas) la saveur de la posture d’enseignante : de par mes multi-vies pros, je joue dans différents registres… de la facilitation posture basse, à l’enseignement interactif ou l’enseignement posture haute (parce que bon, sur certains aspects, j’ai des choses à dire! Plus je vieillis et j’étoffe mes convictions / croyances fortes, plus j’habite cette posture assertive — robuste, ancrée — que le théâtre de l’école renforce, mais qui relève plus du jeu de rôle que de la rencontre authentique, plus de la conversation descendante que du dialogue apprenant….
  • Toujours, toujours, allez chercher les étudiants là où ils sont, sans jugement, car c’est le seul endroit à partir duquel ils peuvent se mettre en mouvement. Expérience renouvelée et puissante. Mais quelle frustration (et tristesse) de les découvrir si jeunes, si conformistes et si peu avancés en réflexivité !
  • Ne pas sous-estimer l’utilité de “faire des gammes” en particulier avec ce public jeune où les cerveaux sont souvent bien remplis mais les mises en pratique plus maladroites — par exemple, en théorie tout le monde sait ce qu’est un business model, et en pratique personne ne l’analyse avec pertinence dans un cas donné…
  • Leur raconter des histoires inspirantes, différentes, dissonantes. Ils sont à l’age où les bibliothèques se remplissent, les histoires s’accumulent, qui autorisent, rendent possibles et viendront nourrir leurs audaces et expérimentations futures. Dés lors je crois qu’il y a de l’utilité à faire exister un récit alternatif à celui du consommateur heureux en FMCG… et qu’à ce stade de l’aventure, cela suffit en terme de contributions.

Ma formule pour la prochaine fois

Je ne suis pas sûre de revenir. Je me fatigue. Mais la décision n’est pas prise…

Si je devais écrire ma formule magique à conserver, une fois évaporées les frustrations propres à cette promo :

  • Reprendre le syllabus (long et ennuyeux) qui témoigne plus de mon insécurité et besoin de conformisme académique que d’une proposition de valeur clairement formulée
  • Garder le questionnaire en amont aux étudiants pour connaitre leurs motivations et expériences passées — et ainsi pouvoir identifier et m’appuyer sur les “experts” dans la salle
  • Continuer à les évaluer sur un mix entre 40% de présence et participation en classe, 20% résumé d’un article académique (à partager avec le groupe classe) et 40% rédaction d’un article lié au thème du cours à publier sur Linked-in (un exercice formateur qui les met en posture de générer du contenu professionnel)
  • Garder un Miro commun de travail (crée à l’occasion de l’édition 100% digital de 2020) qui permet de créer de la visibilité et un cerveau commun
  • Continuer à chercher des ancrages professionnels réels pour illustrer des concepts sinon trop lointains. Le format n’est cependant pas acté entre séries de témoignage courts (édition 2020 et 2022) ou une journée chez un client en mode Learning Expedition (edition 2020 où nous avons fini avec une journée de travail chez Sodexo)
  • Continuer d’utiliser encore ce cours comme un alibi pour mes expérimentations et les rencontres que je souhaite avoir !
  • Simplifier mes messages, mes contenus, étoffer mes histoires… en un mot apprendre à exploiter et répéter et ne pas tour réinventer… ce sera l’objet d’un prochain article !
  • Reprendre (ou pas) les Key Learnings à l’issue de chaque cours — manière simple et efficace de “solidifier” les apprentissages!

Chloé, Mai 2022

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Un brin d'écriture pour ralentir, explorer et questionner mes apprentissages et pratiques professionnelles. Par touches, essais, et expérimentations !

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Chloe Renault

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